Santé en France, un art du mensonge

En France, fin avril 2019, double scandale.
D’une part la réponse que fait le Ministère de la santé à la question écrite du député Jean-Michel Mis.
D’autre part le « traitement », par certains journalistes, d’un article académique paru dans Nature medecine sur le cas Isabelle.
Tout se passe comme si les intervenants du ministère et les journalistes « maltraitants » fréquentaient le même « Café du commerce » où le jeu consiste à dire le plus possible de mensonges et de conneries sur la phagothérapie.
Bien sûr, nous avons hésité avant de parler de « conneries » mais c’est le seul mot qui nous parait adéquat pour nommer les « énormités » des uns et des autres.
Ci-après, nous présentons les faits, donc les vérités sur les phages et la phagothérapie.
Et, en face de chaque vérité, le mensonge type qui est proféré.

Comment comprendre une telle accumulation de mensonges et conneries ?

Un second article est consacré à l’analyse, à la tentative de comprendre.

Nota bene : Lorsqu’en juin 2018, nous avons ouvert la boite de Pandore de la phagothérapie, nous n’aurions jamais penser trouver des choses aussi énormes.

La Vérité : Pierre, médecin, a une infection de la main par bactérie totalement résistante aux antibiotiques, on lui coupe la main.
Sultan, animal de course, est affecté par la même bactérie ; Sultan est guérit par la phagothérapie, efficace, sans effet secondaires et pas chère.
Le Menteur : Il ne parle jamais de ce scandale ! Parce qu’en quatre lignes tout est dit !

La Vérité : Si Pierre-le-médecin a le bon réseau, il est soigné clandestinement par la phagothérapie ; si Pierre n’a pas le bon réseau, on lui coupe la main.
Le Menteur : Il n’évoque jamais la phagothérapie en zone grise. Si les pratiques clandestines étaient reconnues, on pourrait comparer la situation pour la phagothérapie aujourd’hui à la situation pour l’avortement au temps du Président Giscard d’Estaing : quand le droit ne correspond pas aux pratiques sociales il faut changer le droit.

La Vérité : Il y des phages dans l’eau du robinet, dans l’eau de source, les marchands mettent des phages sur les steaks et les filets de poisson (1), des phages peuvent sauver des huitres d’attaques bactériennes, les phages attaquent les bactéries dans les usines à yaourt ou dans les cultures de spiruline.
Le Menteur : Il parle des phages  » comme si  » c’était une molécule de synthèse sortie d’une usine de chimistes. Au lieu de la vérité de la banalité du phage, il construit une fable où le phage est un truc nouveau et inquiétant.

La vérité : On trouve dans des boutiques en ligne des jeux pour enfants « culture de phages » ainsi que des kits pour lycéens « phages pour pathologie humaine« .
Le menteur : Il affirme que la culture des phages est quelque chose de sophistiqué donc quelque chose de rare qui coûte cher.

La vérité : Bricoler l’ADN des phages est possible voire intéressant mais ce n’est qu’une version onéreuse de la phagothérapie de base qui elle est simple, efficace, sans effets secondaires, économique.
Le menteur : Fait son titre ou son argumentation à partir du phage bricolé sans souligner l’efficacité de la phagothérapie de base.

La vérité : Le geste premier de la phagothérapie est la récolte de phages dans une rivière, en aval d’une ville.
Le menteur : Il parle de fabriquer des phages, d’industrie du phage, pour justifier des coûts élevés, etc.

La vérité : En regard du risque couru par le malade si on ne le soigne pas – mourir, être amputé ou invalidé, en regard de ce risque obtenir une préparation de phages suffisamment propre, n’est ni compliqué ni onéreux.
Le menteur : Voudrait faire croire que dans l’eau d’une rivière on trouve couramment des produits hautement toxiques qui resteraient dans la préparation de phages.

La vérité : Le vrai besoin de phagothérapie émerge quand aucun antibiotique ne peut plus sauver le patient. On ne peut donc pas comparer l’efficacité de la phagothérapie avec autre chose. C’est clairement indiqué dans les publications académiques sérieuses. On ne peut comparer qu’avec la moyenne des décès, amputations, invalidations sans phagothérapie.
Le menteur : Il affirme que la phagothérapie ne peut être démontrée que par essais comparatifs avec les antibiotiques. Ce mensonge fait partie des plus scandaleux.

La vérité :  « la phagothérapie a l’avantage de pouvoir cibler l’agent infectieux désiré avec une très faible toxicité, comparé aux antibiotiques, qui peuvent également être mortels pour le microbiome, qui joue des rôles essentiels pour notre organisme. » in Trust My Science
Le menteur : Il sous-évalue les dégâts causés au microbiome intestinal. Il ne signale jamais que le patient peut mourir autant des dégâts causés par les hautes doses d’antibiotiques que par la bactérie résistante elle-même – ceci est décrit dans les publications académiques anglo-saxonnes mais n’est pas repris par nombre d’auteurs francophones !!!

La vérité : Le scénario le plus important pour la phagothérapie est celui de la culture à la carte de phages-gardiens pour un patient spécifique. Scénario où la responsabilité ne peut être que dans chaque CHU.
Le menteur : Ne parle que de scénario industriel alors que 1. pour ce scénario on invente des problèmes de normes qui retardent la disposition des phages standards pour les patients 2. les phages standards sont une toute petite partie des 7 milles phages nécessaires.

La vérité : L’innovation est une toute petite facette de la phagothérapie qui existe depuis des milliers d’années.
Le menteur : Ne parle que d’innovation alors qu’il faut reprendre les publications académiques depuis un siècle !!!

La vérité : La culture à la carte des phages-gardiens est d’abord un service public. Les références pour organiser la culture des phages sont la transplantation d’organes et la transfusion sanguine.
Le menteur : Parle d’abord de partenariat public-privé alors que cette question est secondaire à l’assise publique du dispositif de santé par la phagothérapie.

La vérité : De même qu’un coeur ou un poumon n’est pas un produit marchand dans notre pays les phages à la carte ne peuvent pas être un produit marchand donc le terme même d’AMM – Autorisation de Mise sur le Marché – est totalement inadapté. La notion de  » données cliniques » pour la phagothérapie est dans un autre paradigme que pour les molécules de synthèse.
Le menteur : « Il n’existe pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour des bactériophages, notamment par manque de données cliniques. »

Notes et référence
Contrairement à ce que dit Le menteur, il y a énormément de documents académiques sur les phages et la phagothérapie.
Mais pour que cette documentation reflète l’état du savoir il faudrait que les dix meilleurs documents en géorgien, polonais et russe soient traduits et mis à la disposition des chercheurs et décideurs.
Ce n’est toujours pas fait alors que le Ministère de la Santé prétend qu’il étudie la phagothérapie !!! – voir l’ensemble du problème du traitement de la phagothérapie par le ministère dans cet article.
(1) Rapport ANSES Utilisation des phages dans les denrées alimentaires d’origine animale pour lutter contre les Listeria



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2 commentaires sur “Santé en France, un art du mensonge

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