Phagothérapie : décodage presse Mars 2019

Conclusion

Une fois n’est pas coutume, nous commencerons par la conclusion.
Le prétexte à parler de phagothérapie est une expérience faite dans le Service des maladies infectieuses et tropicales de l’Hôpital de la Croix Rousse à Lyon. Cette expérience fait l’objet d’un reportage de l’AFP sur l’usage des phages et de la phagothérapie pour soigner Monsieur P. qui va vraiment très mal.
Il a plusieurs pathologies dont une infection par une bactérie multirésistante aux antibiotiques Pseudomonas aeruginosa.
Les éléments de ce reportage sont repris par une dizaine de médias.
Certains médias font un copié-collé de l’article de l’AFP, d’autres sélectionnent et/ou enrichissent.
Face à face bactérie – phage et face à face des discours
La phagothérapie existe depuis des milliers d’années et sa version de base est très simple.
Comment et pourquoi l’ANSM transforme-t-elle cette simplicité en un film d’horreur où 1. Les phages sont dangereux 2. Les bactéries résistent aux phages plus que de raison 3. Les biologistes hospitaliers ne sont pas capables de cultiver les phages que les lycéens cultivent 4. Le médecins ne sont pas capables de mettre en oeuvre la phagothérapie ???

Ce film d’horreur est en arrière plan de ce qui se passe à l’hôpital de la Croix Rousse mais personne ne le dit !
Pour éviter la « question qui fâche » les médias utilisent deux méthodes.
1. Chaque media donne une ou deux pièces du puzzle !
Donc il faut lire les dix articles pour se faire une idée « suffisante » de la question …
… ou bien lire le présent article.
Articles où tous les face à face sont décrits et nulle part ailleurs.
2. Ne présenter aucun contrepoint aux affirmations des médecins !
Enfin, pas tout à fait, mais quand même !
Nous vous proposons ici les contrepoints à chaque affirmation.

Les phages, des armes reconnues pour vaincre les bactéries

« {Les phages} sont des armes de « destruction massive de la bactérie », explique le Pr Frédéric Laurent, chef du service bactériologie de l’Hôpital de la Croix-Rousse à Lyon ..
Ces virus ont été découverts en 1917 par le franco-canadien Félix d’Hérelle, collaborateur de l’Institut Pasteur, après des observations près du Gange, où le choléra disparaissait par endroits.
« 
Actu Orange

L’article nous rappelle donc que la phagothérapie est une pratique pour laquelle le recul est de plusieurs millénaires !!!
Pourquoi L’ANSM et ceux qui répètent ce que dit l’ANSM parlent-ils de la phagothérapie comme d’une nouvelle thérapie à vérifier !
Ce qui implique que les chercheurs sur les phages et sur la phagothérapie de 1917 à 2019 ont été des crétins incapables de produire des écrits académiques fiables !!!
Il faut en effet entendre ce qu’implique le discours de l’ANSM !

« Les préparations de phages ont longtemps été présentes en France et étaient toujours inscrites dans le Vidal au début des années 1970. Aujourd’hui, les phages sont absents de la pharmacopée européenne, mais toujours utilisés dans des pays de l’ancien bloc soviétique, comme la Géorgie et la Russie.
… les médecins font un prélèvement des souches des patients, les envoient à une entreprise de 
biotechnologie qui cherche, dans ses banques, des phages actifs contre les bactéries des patients. Il s’agit donc d’une médecine personnalisée.« 
Futura Sciences
« Il faut maintenant faire des essais cliniques pour avoir des données consolidées », souligne Caroline Semaille, responsable de la direction des médicaments anti-infectieux de l’ANSM, qui convoque jeudi pour la deuxième fois les spécialistes du dossier.
HufPost

Enfonçons le clou ! Discours de l’ANSM : de 1917 à 1975 en France et jusqu’à aujourd’hui dans l’ex-empire soviétique on a utilisé la phagothérapie et faisant courir des risques inconsidérés aux patients ??? On n’a pas de données consolidées ! L’ANSM écrit cela dans son rapport de 2016 et le répète en 2019 !

160.000 infections dues aux bactéries résistantes par an ; 13 mille décès

Actuellement, la résistance aux antibiotiques constitue, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), « l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement« . En France, près de 160.000 patients développeraient chaque année des infections dues à des bactéries multirésistantes aux antibiotiques et près de 13.000 personnes en mourraient.
France TV Info

{Chaque jour le Professeur Tristan Ferry} reçoit une quinzaine de demandes d’administration de phages de patients désespérés qui n’arrivent pas à se défaire d’infections multirésistantes. Certains risquent au mieux l’amputation, au pire la mort. 
La minute Sciences

Là aussi il faut faire les calculs. L’ANSM dit qu’il faut faire une demande pour chaque patient ce qui fait 100 mille dossiers par an.
Cherchez l’erreur !


Christophe Novou Dit Picot, fondateur de Phages sans frontières dit
« Je ne comprends pas pourquoi ça ne revient pas plus vite sur le devant de la scène. Les gens qui demandent des phages n’ont plus de temps: ils risquent soit la mort, soit l’amputation. Qu’est-ce qu’on perd à leur faire essayer les phages ? », argue cet homme dont la jambe, opérée 49 fois, a été sauvée par ces virus {en Géorgie}.

Actu Orange

Voilà donc le seul contrepoint et ce qu’il dit est très grave.

Il y a plus grave que la mort !

C’est ce que dit implicitement l’ANSM.
Si un patient est condamné à mort par sa bactérie, lui faire bénéficier de la phagothérapie ne peut pas lui provoquer + que la mort.
Pourtant l’ANSM refuse la thérapie à ce patient.

Décider à la place du patient

Si le patient doit « seulement » être amputé, ne peut-il décider s’il prend le risque de la phagothérapie.
Sachant que ce risque est du genre 1 accident sur un million de thérapies.
Aucune thérapie n’est aussi peu risquée !!!

Un risque d’autant plus important qu’un phage mal reproduit peut tuer. « Produire des bactériophages de qualité est complexe et coûteux. Les phages géorgiens ne sont pas utilisables ici, car pas assez purifiés », insiste le Pr Ferry.

Le déni de réalité

Un jour, dans un laboratoire, un phage a « mal tourné ».
Rien ne prouve que cela peut exister « in vivo ».
On protège le patient d’un risque qui n’existe pas !!!

Des bactériophages de qualité ça n’existe pas !

La culture des phages est à peu près la même au lycée et pour soigner les patients.
Il faut juste respecter des règles simples de non-contamination.
Cela a été fait de 1917 aux années 70 en France. Les biologistes seraient-ils devenus cons depuis ? C’est ce que semble dire l’ANSM.
Tous les jours on réalise des transfusions sanguines et des transplantations d’organe.
Apporter des phages à un patient est un peu plus simple !

Notes

(1) La quantité exacte de décès par bactérie multirésistante fait débat.
Sachant que le coût de mise en place de la phagothérapie est très faible, le fait qu’il y ait mille décès ou dix mille décès pas an ne change rien !!! voir Des antibiotiques et des nombres